Les Etats perties prennent toutes,
les mesures appropritées pour éliminer la discrimination a l'égard de femmes ...
en ce qui concerne l'éducation de toute conception stérétypée des roles de l'bomme et de la femme...
en particulier, en revisant et en adaptant les métbodes pédagogiques

Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination a l'égard des femmes, ONU.1981

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Autrement junior

48 pages, 49 F.

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Ma mère se remarie!
Texte de Vanessa Rubio
Histoire de Sophie Dieuaide
Illustrations de Bruno Gibert

Un livre riche d’informations et très joliment mis en page et illustré, qui raconte l’arrivée de “l’autre”, l’intrus, dans une famille et en prend prétexte pour rendre compte des lois sur la famille dans différents pays et à différentes époques, pour donner des chiffres et des adresses utiles.

Le récit présente un cas particulièrement difficile : le narrateur est un fils unique - que nous imaginons de 10/12 ans – “l’autre” est un beau-père (les belles-mères ne se déplacent pas, elles font corps avec la maison) et, comble de malchance, lui aussi est muni d’un fils - un autre garçon, sensiblement du même âge - et d’un chien.

Une scène classique de rivalité masculine se joue, dont le ton est donné par le paragraphe initial : “J’ai armé mon tir. Le goal était dans les choux, le but ouvert à gauche. C’est vrai que je n’avais pas besoin de faire ça, j’aurais marqué de toute façon. J’ai dégommé le goal à deux mètres. Paf, en plein dans le nez“. Dans un gymnase, un langage et une violence bien “machos”.

Ce livre est certainement très utile aux parents (surtout à ceux qui seraient tentés de concentrer sur un seul soir le dîner rituel – on dirait presque des présentations – l’emménagement des “étrangers” et la surprise d’un enfant de trouver sa chambre modifiée en son absence pour accueillir un autre enfant).

Mais dans la vie, la plupart du temps les enfants connaissent “l’autre“ et ses enfants depuis quelque temps lorsque la décision est prise de vivre ensemble (ce qui n’a pas l’air d’être le cas dans “Ma mère se remarie !“ : on entend le beau-père dire à son fils : “Alexandre, je le connais. Je parle souvent de lui avec Elisabeth” ) et, sauf à être particulièrement maladroits, les parents font participer l’enfant squatté au nouvel agencement de sa chambre.

Il y a peu de chances que l’on voie arriver un intrus, son enfant et son chien dans le paysage idyllique d’une famille heureuse : la recomposition est souvent la dernière étape d’un drame qu’on a peut-être essayé d’épargner à l’enfant mais dont rien, on peut le parier, ne lui a échappé. Il n’y a pas de “paradis perdu“ : avant de vivre dans une famille “recomposée” les enfants connaissent une autre réalité, dont il faudrait parler un peu plus souvent, celle qui précède la recomposition et qui est en général bien difficile. Ce récit nous parle en réalité d’un drame de la jalousie qui se trouve se jouer un certain soir à 19h 50 lors d’une cérémonie inutile (pourquoi, au fait, en faire une cérémonie ?) et particulièrement mal préparée. Il ne corrige en rien le silence des livres sur les familles “recomposées“ (une réalité désormais banale qui touche un enfant sur vingt, nous dit le livre) et sur presque toutes les vraies familles.

On peut dire que malgré le fait que 52 % des histoires qu’on raconte aux enfants on comme cadre une famille, rares sont les enfants qui peuvent reconnaître la leur dans les albums.

Les familles recomposées doivent avoir leur place dans les albums qui parlent d’autre chose que de familles recomposées. Elles doivent remplacer (avec bien d’autres !) la sempiternelle famille où tout le monde a un rôle et tout se passe… “bien”. Cette famille des albums que les enfants connaissent par cœur, où l’on entend les coups de gueule de maman qui, de sa cuisine, appelle les enfants à table ou exige de l’ordre et le son du téléviseur devant lequel papa, affalé dans son fauteuil, attend le dîner. Cette famille où il n’y a pas de problèmes parce qu’il n’y a pas de relations.

Recomposées ou pas, les familles sont très souvent des lieux de pouvoir où se vivent drames, angoisses, tensions… Frustrations surtout (à commencer par celle de la mère, qui cumule la fatigue d’une double journée de travail ou renonce à son existence personnelle pour être la servante du foyer). Il y a beaucoup de choses à dire aux enfants sur les familles, au-delà des circonstances dans lesquelles certains d’entre eux rencontrent les nouveaux conjoints de leurs parents. Dans “Ma mère se remarie !“ on convoque la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Bible et la loi française pour persuader les enfants “recomposés” de la nécessité de respecter le beau-père : “l’enfant à tout âge doit honneur et respect à son père et mère“. Et nous nous surprenons à nous demander si cela veut dire : “tu dois respecter ton (beau) père même s’il tape sur ta mère, s’il l’humilie et la fait pleurer, s’il épie ta grande sœur lorsqu’elle prend sa douche, si…”).

À quand des ouvrages qui traitent des secrets et des douleurs cachées, des renoncements, des violences, qui osent s’attaquer aux images stéréotypées, sacrées, du père et de la mère ?



AT.

www.ducotedesfilles.org