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les images symboliques
C'est en regardant les illustrations avec l'attention d'un petit enfant qu'il est possible de recenser l'attirail de symboles dont se servent les albums pour instruire l'enfant sur les rôles sexués dans la famille et dans la société et sur les caractéristiques psychologiques présentées comme innées et naturelles des hommes et des femmes, des garçons et des filles.
Voici quelques-uns des symboles les plus fréquents :
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Le rôle féminin par excellence : le ménage et l'entretien de la maison, le soin des enfants, est symbolisé principalement par le tablier, mais aussi par le cabas, le caddy, la poussette et le landau. Les seaux métalliques, les escoubillons désuets, les balais de brindilles, les serpillières dégoulinantes apparaissent souvent dans les images pour nous parler du caractère immuable des tâches ménagères, de leur fatalité, de leur pérennité, pour nous dire que la technologie n'est pas affaire de femme. |
Le fauteuil est le trône du père, le symbole de son autorité et de son pouvoir. Le cartable (profession intellectuelle), les lunettes (intelligence) et les journaux (information) appartiennent au monde responsable, actif et avisé des hommes. Symboles d'évasion dans l'imaginaire, de manque d'intérêt pour le réel, les romans et les contes de fées sont réservés aux femmes et aux petites filles.
On trouve dans les albums les deux pôles traditionnels de l'image de la femme, la sainte et la putain, dans une version adaptée aux plus petits : en face de la mère dévouée, fatiguée et vertueuse, une autre femme est souvent décrite négativement dans son comportement ou son caractère. C'est l'antipathique "belle dame", vaniteuse, inutile, exploiteuse, irresponsable, frivole.
Habillée de façon ridicule, trop maigre parce qu'adepte des régimes et des salles de gymnastique, c'est une consommatrice névrotique qui court les magasins et dépense en toilettes l'argent gagné par son mari, au lieu d'être chez elle à s'occuper de son intérieur et de ses enfants. Il arrive qu'un chapeau excentrique nous informe de sa bizarrerie, voire de sa folie, que des paquets enrubannés, des toilettes froufroutantes nous parlent de sa frivolité et de son parasitisme. Les albums tournent aussi en dérision et signalent à l'antipathie des enfants une autre femme transgressive : c'est la femme de pouvoir, directrice d'école dictatoriale, reine despotique, voisine autoritaire... en un mot la femme "virile", objet de haine et de sarcasme.
La femme non mariée ne peut être, dans les albums, que la classique "vieille fille", laissée pour compte à cause d'un physique ou d'un caractère que les hommes refusent. Osseuse et mal habillée, un chapeau ridicule et des chaussures trop grandes, des lunettes pour l'enlaidir, la "vieille fille" est la bête noire des illustrateurs et illustratrices, qui s'en donnent à cur joie dès que le texte le permet. Chez la petite fille, les faveurs, les rubans et les nuds sont le symbole de la coquetterie niaise, de la féminité écervelée. Le thème de la passivité de la femme et de la petite fille dans leur rôle de spectatrices de l'activité et la créativité masculine revient dans les images, signifié par un symbole très fort : la fenêtre.
Princesses prisonnières dans la tour du château, jeunes filles qui espèrent le grand amour, petites filles moroses, mères pensives et mélancoliques, elles regardent à travers la fenêtre la vie du "dehors" sans quitter leur espace propre, l'intérieur de la maison. La fenêtre les retient et les protège, les informe en les excluant.
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