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les réponses des adultes
Quoique souvent sans enthousiasme, presque tous les adultes adhèrent à l'idée que les livres sont importants dans la formation des enfants. Mais nombreux sont ceux qui n'hésitent pas à affirmer que le rôle des livres reste secondaire dans la construction de leur imaginaire, qui est davantage influencé par la télévision et par les jouets. Partagés entre les réminiscences nostalgiques des livres de leur enfance pour certains, et la presque impossibilité de se souvenir de leurs propres lectures enfantines pour d'autres, les adultes manifestent surtout la crainte d'être mis en cause dans leur rôle de parents.
Ils soutiennent que les livres doivent être source d'évasion et d'amusement pour les enfants, comme si le fait de supprimer les stéréotypes pouvait mettre en danger la beauté des images ou le plaisir de la lecture. Ils ne connaissent pas vraiment les goûts de leurs enfants et beaucoup d'entre eux achètent les livres sans même les feuilleter. De nombreux parents trouvent difficile de s'identifier à leurs enfants ou même, simplement, de bavarder avec eux pour tenter de savoir ce qu'ils aiment et pourquoi.
Certains enseignants, soucieux de pédagogie, plutôt que de se demander ce que les enfants perçoivent dans les images et comment interagir avec eux en ouvrant la discussion, semblent se concentrer sur l'enseignement de ce qu'ils estiment être juste sur des thèmes aussi délicats que la différenciation sexuelle ou les rôles sociaux de sexe.
Un petit groupe de parents et d'enseignants s'est néanmoins démarqué de ces positions : proches de leur enfance, ils participent au monde des enfants avec enthousiasme et sont en mesure d'être des médiateurs du livre. Les réponses des adultes aux images Il est intéressant de comparer les réponses des adultes et celles des enfants. En généralisant à peine, on peut dire que tous, petits et grands, ont vu les mêmes choses : les rares divergences sont imputables à la différence de génération. |
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Par exemple, si pour les adultes l'image du cartable suggère l'enfance et l'école, pour les enfants, qui maintenant ont un sac à dos, le cartable évoque le travail adulte, féminin ou masculin. Les lunettes, que les adultes voient comme un symbole de l'intelligence et de l'aptitude aux études, plus caractéristique du masculin, sont surtout considérées par les enfants comme un instrument optique, propriété des deux sexes. Ce qui réellement différencie les deux groupes c'est la façon de voir.
Les adultes déchiffrent les symboles des stéréotypes sexuels sans pouvoir d'emblée dire pourquoi : ils ne sont pas conscients, par exemple, d'avoir décidé du sexe des ours sur la base de la connotation des objets qui les entourent. Ils tendent à élaborer des motivations intellectuelles avant de prendre conscience de la présence d'un objet clé. Pour saisir la valeur symbolique d'un stéréotype culturel, ils sont obligés de faire le détour par l'usage qu'on en fait ou en faisait, justement, dans les livres d'images. Devant les cartes représentant des objets, ils réagissent au style schématique du dessin et affirment dans un premier temps qu'il s'agit d'objets qui ne sont pas normalement présents dans les images des livres.
C'est seulement après réflexion qu'ils reconnaissent la présence fréquente de ces objets dans les images. Nombreux sont ceux qui, émotionnellement, voient dans ces images le symbole du masculin et du féminin complémentaires inextricablement liés à l'image idéalisée d'une famille harmonieuse. Les enfants, peut-être parce que proches des images utilisées dans les albums, sont quant à eux très rapides dans leur interprétation, quitte à ajouter d'eux-mêmes qu'en réalité les objets peuvent aussi appartenir à l'autre sexe.
Concernant les modifications à apporter aux images pour en changer la sexuation, les adultes font les mêmes propositions que les enfants : taille, fanfreluches, tablier, moustaches etc. À propos de sexisme... Rares sont les personnes en mesure de donner une définition du mot sexisme, certains même ne l'ont jamais entendu. Plusieurs nient que les albums illustrés véhiculent des stéréotypes sexistes. D'autres en sont immédiatement conscients et dans certains groupes la discussion devient animée. En fait, seules les personnes sensibilisées aux discriminations sexistes et raciales sont réceptives aux déclinaisons de ce thème.
Des enseignants notent les comportements discriminants des enfants. Á qui la faute ? La transmission transgénérationnelle des stéréotypes sexués est imputée à la famille : évidemment celles des autres, pas la sienne. C'est la famille qu'on rend responsable de l'éventuelle présence des stéréotypes liées aux rôles. Cette affirmation des adultes semble surtout une tentative de revendiquer leur contrôle sur ce qu'ils transmettent aux enfants en dépit du milieu social et culturel. |
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Néanmoins, on donne des exemples de familles dans lesquelles les rôles traditionnels sont bousculés et dont les enfants pourtant expriment et revendiquent des attitudes traditionnelles. Certains évoquent d'ailleurs le risque de ridicule encouru par un père dont on saurait, hors des murs domestiques, qu'il s'occupe des tâches ménagères. Des hommes, en racontant qu'ils assument volontiers ces tâches, donnent involontairement l'impression au reste du groupe qu'ils sont en train de se justifier. Ce sont des moments d'éclats de rire où la conscience de la difficulté de modifier profondément les stéréotypes semble plus partagée que dans les moments de discussions théoriques.
Lorsqu'on parle de sexisme, on a tendance à ne prendre en considération que la discrimination vis-à-vis du sexe féminin. Hommes et femmes refusent d'envisager comme du sexisme le fait qu'une tâche ridiculise un homme alors qu'elle apparaît normale pour une femme. Lorsqu'on les interroge sur la nécessité de modifier cet état de choses, les participants ont tendance à déplacer le discours sur la nécessité de modifier la situation réelle dans la famille. Sur ce thème les positions varient de nuancées à pessimistes. Un changement qui peut faire peur En ce qui concerne les albums, perce une immédiate générale résistance au changement. Il y a ceux, plus ouvertement conservateurs et peut-être plus sincères qui défendent le statu quo au nom de l'habitude et de l'absence de mauvaise intention.
Certains hommes révèlent une grande peur de voir remettre en question, non seulement la division des rôles, mais l'identité sexuée elle-même. Vouloir modifier les albums signifie prendre la responsabilité de mieux les choisir et implique donc un effort de la part des adultes. Mais c'est aussi admettre que le sexisme n'est pas, comme certains le pensent, un fait naturel, mais l'un des modes possibles de représentation des différences sexuelles. Un mode qui souvent empêche le développement des potentialités d'un enfant. un père : Ce n'est pas sûr que ce soit juste de transmettre aux enfants l'image d'une femme qui lit le journal avachie, que la femme perde son image soignée
un père : Je crois que le changement doit passer par l'école.
Il est plus difficile de changer les parents actuels que les parents de demain. un père : Si les livres proposent des images sexistes c'est que les modèles culturels auxquels ils se réfèrent sont en fait rassurants. une mère : Je pense que ce contrôle est important mais je n'ai pas la force ni le temps de le faire ; il faudrait une exposition, des discussions à l'école
un père : Ce n'est pas bien de casser l'image de la famille : maman qui attend à la maison, papa qui rentre du travail. Ce n'est pas la réalité, mais...
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