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Critiques livres jeunesse
Moi, jaime pas les garçons
Moi, jaime pas les filles
de Vittoria Tacchini
Circonflexe 2001
Au train où notre société se transforme, il est vrai quil faut quon fasse vite quelque chose pour protéger le bon vieux sexisme qui nous vaut tant de petites satisfactions
Quen serait-il des "ah, jte jure, les femmes au volant
", des "men parlez pas ma bonne dame, les hommes à la cuisine
" si Circonflexe, éditeur avisé, ne veillait pas au grain ?
Ces deux livres, qui se veulent délurés et ne sont que démagogiques, suggèrent aux enfants un concentré des lieux communs les plus usés, servis par des images (années 70) faussement désinvoltes et franchement laides.
Dans le premier (« Moi, jaime pas les garçons
» ) une fille caricaturale, petits volants, fleurettes, poupée et pas moins de six grands nuds dans les cheveux, nous explique pourquoi elle naime pas les garçons
Elle nous dit quils sont sales, dépeignés, ont de grandes oreilles, se curent le nez, aiment les insectes et les robots, mangent mal, ont des lunettes ( !!!)...
Mais, après avoir passé en revue les "torts" des garçons, la petite idiote finit (à la dernière page) par tout leur pardonner au nom de
leur irrésistible drôlerie!
"Avec eux on samuse toujours", déclare-t-elle, séduite.
Et cest bien vrai que, lhumour étant génétiquement réservé aux mâles
Parfaitement symétrique et encore plus manichéiste, "Moi, jaime pas les filles
".
Dès la première image, un garçon nous propose toutes les banalités dun "éternel féminin" usé jusquà la corde : les filles sont bavardes, rapporteuses, cancannières, autoritaires, instables (un moment douces comme des anges, juste après de vraies sorcières
), pleurnichardes, peureuses. Elles font pipi à deux pour pouvoir continuer à se chuchoter des secrets, se couvrent de bijoux et doripeaux ridicules, rêvent toutes dêtre danseuse étoile
( et ne seront, cest moi qui te le dis, que des grosses poules mouillées ), ont des jeux débiles
Jen oublie.
Mais comme la petite niaise de lautre album, lui aussi passe aux aveux à la dernière page : elles ont beau être idiotes, il les trouve "géniales" lorsquelles le flattent en lappelant "champion", lui font les yeux doux et lui offrent des gâteaux
(en attendant mieux).
Au moment même où les jeunes adultes sefforcent den finir avec les rôles imposés, de gommer les différences induites et mutilantes, voici deux livres pour rappeler aux garçons que les filles sont irrémédiablement bêtes et quon peut les mépriser sans risque, puisquelles finiront par se laisser séduire par leur esprit. Et aux filles que les yeux doux, les gâteries et les fanfreluches leur donnent un grand pouvoir sur les garçons (pourtant plus spirituels, faut bien le dire !).
Deux livres dont le propos est de renforcer les enfants dans les lieux communs sexistes et leur fournir (on ne sait jamais, ils pourraient ne pas y songer!) les arguments du mépris et de lintolérance, les armes dune lamentable, ancestrale guégerre.
Deux livres utiles si on veut que les hommes et les femmes continuent de se jeter à la tête l"éternel féminin", si agaçant et la si séduisante virilité bien rugueuse.
Où léditeur de ces deux pamphlets a-t-il donc la tête ?
Pourquoi ressortir ces vieilles images, ces poncifs, ces clichés éculés?
Quel avenir Vittoria Sacchini veut-elle préparer, qui brosse avec tant de complaisance ces scènes lamentables dincompréhension et de mépris?
Faut-il croire que ces livres, qui trouvent amusant le sexisme brutal des enfants, sont là pour rassurer parents et éducateurs sur la fatalité des rapports de pouvoir entre les sexes,?
AT.
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