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Critiques livres jeunesse
Ma
mère se remarie !
Texte de Vanessa Rubio
Histoire de Sophie Dieuaide
Illustrations de Bruno Gibert
Autrement junior, série société, 2001
48 pages, 49 F.
Un livre riche dinformations et très
joliment mis en page et illustré, qui raconte larrivée
de lautre, lintrus, dans une famille et en prend
prétexte pour rendre compte des lois sur la famille dans différents
pays et à différentes époques, pour donner des chiffres
et des adresses utiles.
Le récit présente un cas particulièrement difficile
: le narrateur est un fils unique - que nous imaginons de 10/12 ans
lautre est un beau-père (les belles-mères
ne se déplacent pas, elles font corps avec la maison) et, comble
de malchance, lui aussi est muni dun fils - un autre garçon,
sensiblement du même âge - et dun chien.
Une scène classique de rivalité masculine se joue, dont
le ton est donné par le paragraphe initial : Jai
armé mon tir. Le goal était dans les choux, le but ouvert
à gauche. Cest vrai que je navais pas besoin de faire
ça, jaurais marqué de toute façon. Jai
dégommé le goal à deux mètres. Paf, en plein
dans le nez. Dans un gymnase, un langage et une violence bien
machos.
Ce livre est certainement très utile aux parents (surtout à
ceux qui seraient tentés de concentrer sur un seul soir le dîner
rituel on dirait presque des présentations lemménagement
des étrangers et la surprise dun enfant de trouver
sa chambre modifiée en son absence pour accueillir un autre enfant).
Mais dans la vie, la plupart du temps les enfants connaissent lautre
et ses enfants depuis quelque temps lorsque la décision est prise
de vivre ensemble (ce qui na pas lair dêtre le
cas dans Ma mère se remarie ! : on entend le beau-père
dire à son fils : Alexandre, je le connais. Je parle souvent
de lui avec Elisabeth ) et, sauf à être particulièrement
maladroits, les parents font participer lenfant squatté au
nouvel agencement de sa chambre.
Il y a peu de chances que lon voie arriver un intrus, son enfant
et son chien dans le paysage idyllique dune famille heureuse : la
recomposition est souvent la dernière étape dun drame
quon a peut-être essayé dépargner à
lenfant mais dont rien, on peut le parier, ne lui a échappé.
Il ny a pas de paradis perdu : avant de vivre dans une
famille recomposée les enfants connaissent une autre
réalité, dont il faudrait parler un peu plus souvent, celle
qui précède la recomposition et qui est en général
bien difficile.
Ce récit nous parle en réalité dun drame de
la jalousie qui se trouve se jouer un certain soir à 19h 50 lors
dune cérémonie inutile (pourquoi, au fait, en faire
une cérémonie ?) et particulièrement mal préparée.
Il ne corrige en rien le silence des livres sur les familles recomposées
(une réalité désormais banale qui touche un enfant
sur vingt, nous dit le livre) et sur presque toutes les vraies familles.
On peut dire que malgré le fait que 52 % des histoires quon
raconte aux enfants on comme cadre une famille, rares sont les enfants
qui peuvent reconnaître la leur dans les albums.
Les familles recomposées doivent avoir leur
place dans les albums qui parlent dautre chose que de familles recomposées.
Elles doivent remplacer (avec bien dautres !) la sempiternelle famille
où tout le monde a un rôle et tout se passe
bien.
Cette famille des albums que les enfants connaissent par cur, où
lon entend les coups de gueule de maman qui, de sa cuisine, appelle
les enfants à table ou exige de lordre et le son du téléviseur
devant lequel papa, affalé dans son fauteuil, attend le dîner.
Cette famille où il ny a pas de problèmes parce quil
ny a pas de relations.
Recomposées ou pas, les familles sont très
souvent des lieux de pouvoir où se vivent drames, angoisses, tensions
Frustrations surtout (à commencer par celle de la mère,
qui cumule la fatigue dune double journée de travail ou renonce
à son existence personnelle pour être la servante du foyer).
Il y a beaucoup de choses à dire aux enfants sur les familles,
au-delà des circonstances dans lesquelles certains dentre
eux rencontrent les nouveaux conjoints de leurs parents.
Dans Ma mère se remarie ! on convoque la Déclaration
Universelle des Droits de lHomme, la Bible et la loi française
pour persuader les enfants recomposés de la nécessité
de respecter le beau-père : lenfant à tout
âge doit honneur et respect à son père et mère.
Et nous nous surprenons à nous demander si cela veut dire : tu
dois respecter ton (beau) père même sil tape sur ta
mère, sil lhumilie et la fait pleurer, sil épie
ta grande sur lorsquelle prend sa douche, si
).
À quand des ouvrages qui traitent des secrets et des douleurs cachées,
des renoncements, des violences, qui osent sattaquer aux images
stéréotypées, sacrées, du père et de
la mère ?
AT.
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