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Critiques livres jeunesse
Maman
Robot
De Zidrou et Nadine Van der Straeten
Editions Casterman collection " Je commence à lire",
1993.
Les
livres qui parlent aux enfants de l'injuste répartition des tâches
ménagères sont rares. Il semble qu'il y ait un problème
: l'image de la mère servante est enchevêtrée, dans
l'esprit des enfants (et pas que des enfants!) avec celle de la mère
aimante et protectrice. Lorsque, pour justifier la maman qui fait la vaisselle
et prépare le repas à longueur de journée (de préférence
échevelée, en tablier et charentaises) qui hante les albums,
pédagogues et psychologues nous expliquent qu'elle rassure les
enfants, ils disent certainement vrai ; le confort, affectif et pratique,
ne peut qu'être rassurant. En tout cas bien agréable.
Est-ce une bonne raison pour continuer à dire aux enfants que la
servitude de leur mère est normale, naturelle, souhaitable ? Pour
continuer à présenter aux filles et aux garçons un
modèle lamentable (et en partie périmé) de famille
et de société ?
Puisque les mères acceptent et accepteront de moins en moins le
rôle de servantes de la famille que les albums leur attribuent,
puisque les papas comprennent (il est vrai très lentement !) que
les servitudes domestiques leur incombent autant qu'à leurs compagnes,
il faudra bien qu'un jour les enfants voient arriver dans les albums une
nouvelle famille.
Sera-t-elle aussi rassurante ? Aussi confortable ? Là n'est pas,
me semble-t-il, la question : le monde que les enfants abordent n'est
nullement rassurant par ailleurs.
Ils apprennent, entourés qu'ils sont d'images et d'informations,
que les adultes sont tout sauf
des anges, que les guerres et les
massacres, les injustices de tout ordre, les souffrances infligées
aux animaux et bien des turpitudes en font partie. Faudra-t-il que l'image
d'une mère indéfectiblement angélique, dévouée,
qui sacrifie sa vie au bonheur de sa famille compense tout le reste, soit
le dernier rempart de leur illusion d'être débarqués
au paradis?
Un livre pas neuf dont on n'a pas suffisamment parlé, explique
aux enfants avec humour, intelligence, tendresse et sincérité
le changement qui est en cours.
C'est l'histoire, racontée à la première personne
par un enfant, de la prise de conscience de sa mère, qui passe
du stade de robot à tout faire à celui de femme.
"Et un jour - nous dit le petit narrateur - elle devient bizarre.
Elle doit être déréglée
."
Elle annonce "une nouvelle incroyable : elle a décidé
de faire la grève!
Elle dit qu'elle voudrait faire du sport, aller au cinéma, disposer
de plus de temps pour elle. Et même retrouver un emploi à
mi-temps. Comme si elle n'avait pas assez de travail ici, à la
maison".
"Tout le monde devra y mettre du sien", dit le texte, qui fait
la liste de tout ce que les enfants vont faire (ranger, préparer
le goûter, dresser la table...)
La conclusion est "bien sûr qu'on sait faire cela tout seuls,
mais c'était bien plus simple quand maman Robot le faisait pour
nous".
Il n'est pas question, dans ce livre, des modifications que la prise de
conscience de maman Robot impose au comportement de papa (elles ont lieu,
les images nous le disent).
L'histoire, pleine d'humour, est racontée, avec des mots parfaitement
choisis et des images qui se servent habilement de contre-stéréotypes.
Ainsi, voit-on maman, après la transformation, assise dans le fauteuil
(lui, l'unique, "le fauteuil de papa" des albums). Elle lit
un livre et même, dans une autre image, le journal (quelques livres,
à ses pieds, n'ont pas l'air d'être des romans roses). Nous
sentons que la chemise d'homme sur la table à repasser au premier
plan attend que son propriétaire s'en occupe. Nous sentons aussi
que ce ne sera pas maman qui desservira la table.
Sans en parler trop aux enfants (ce n'est pas leur problème), le
livre donne pour acquise la contribution de papa.
AT.
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