![]() |
C'est que le fauteuil nous dit aussi que maman mitonne et qu'un fumet de bonne soupe se répand dans la maison. Le fauteuil des albums est masculin, comme le travail rémunéré, la journée de huit heures, le droit à la détente le soir, les vacances... Il nous dit que le travail de maman n'est pas un vrai travail puisqu'il n'est pas rétribué et qu'aucun horaire ni aucun lieu ne sont prévus pour son repos. > lien vers le test du fauteuil |
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
![]() |
Dans les trois pays, l'ours au fauteuil, interprété comme un enfant ou un adulte, est presque à l'unanimité un mâle. Peu d'enfants osent l'imaginer comme une mère, ni même comme une fille. Rares sont ceux qui se refusent à sexuer. On ne note pour cette image aucune différence notable entre les réponses des filles et des garçons. L'interprétation dominante est celle du père.
En France, 100% des filles voient un personnage masculin et seuls trois garçons estiment que, mâle ou femelle, les deux peuvent se reposer dans un fauteuil devant la cheminée. La grande taille du fauteuil sert aux enfants français à en faire le trône du père (interdit à la mère) et, contrairement aux enfants espagnols et italiens, ils voient le personnage de l'ours grand et gros. A quoi le vois-tu ? "C'est un papa parce qu'il est vautré. Le fauteuil est toujours le fauteuil de papa. Je le vois dans les livres" , dit Gianluca, 9 ans. Lorsqu'ils reconnaissent un jeune ours, les enfants justifient leur choix généralement par la taille du fauteuil, sans nous expliquer d'ailleurs pourquoi ils et elles y voient un jeune mâle plutôt qu'une jeune femelle. En effet, pour que les enfants accordent le genre féminin à un personnage, il semble nécessaire de le "marquer" par un attribut indiscutable : caractéristique physique, vêtement ("Il n'a rien d'une femelle, il est si nu"). Il se pourrait aussi que la position relâchée de l'ours n'obéisse pas à l'injonction de "bien se tenir" faite aux filles. |
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
![]() |
Quant au choix du père "dans son fauteuil", il est largement explicité par la thématique du travail fatigant : "il est normal, puisqu'il rentre de son travail, qu'il soit assis sur le fauteuil", "parce que ce sont les pères qui se reposent", "parce que c'est lui qui travaille le plus". Aude oppose le travail du père à celui de la mère : "parce que c'est le père qui travaille, donc le soir il est fatigué. C'est pas la mère parce qu'elle fait un travail moins dur, donc elle n'est pas autant fatiguée, dans les bureaux elles sont assises alors que les hommes sont debout". Cette thèse est développée par Cécile (père kinésithérapeute, mère informaticienne) : "C'est le soir, il a dû travailler, il doit être très fatigué. Il a dû travailler très fort toute la journée et il n'a pas pris beaucoup de repos. Les papas travaillent souvent plus dur que les femmes, parce que les femmes sont caissières, les hommes doivent manier des tracteurs, des briques". Un garçon oppose plutôt travail salarié et travail domestique : "il me fait penser à un père parce qu'un père ça travaille dehors et gagne de l'argent, puis quand il rentre, pendant que la mère fait la cuisine, lui se repose". L'autre thématique, abordée exclusivement par les garçons, est celle de la ripaille et de la digestion : "Je pense à un ours qui a dû manger comme un fou. Il digère. Je dirais le père, à cause du fauteuil". Jessica, dans une phrase lapidaire, résume bien la situation : "le fauteuil appartient au papa, oui ; des fois aux enfants mais pas aux mamans" et Valentin lui fait écho : "Ça pourrait pas être la mère". Un refus que d'autres enfants ont justifié de plusieurs façons : "la mère a toujours quelque chose à faire", "les mères ne s'affalent pas comme ça" et "les mères ne se reposent pas, elles font plutôt le ménage". Le travail de la mère, salarié ou domestique, est toujours estimé moins dur que celui du père. Bruno nous explique : "la mère prépare le dîner. Pendant la journée elle a dû nettoyer la maison, mais, à mon avis, elle a dû en profiter pour se reposer. Elle est allée promener les enfants, tandis que lui il travaille, il ne peut pas se reposer". Pour que ce soit... Pour transformer l'ours en ourse, ils proposent de changer le visage, lui mettre un tablier, des bijoux, un noeud, des chaussures à talon, une jupette, un "gilet à fleurs", de lui faire une expression plus féminine, un peu moins agressive. Anaïs n'hésite pas : "il faudrait changer le fauteuil, elle serait debout dans la cuisine ou dans le séjour". Pour voir une mère, il suggèrent surtout de changer la posture : elle ne doit pas se laisser aller. "Je la ferais réveillée", "Je la ferais qui ne dort pas... les yeux plus vifs", "il ne faut pas qu'elle dorme", "elle n'aurait pas l'air si fatiguée". Mais il y a aussi des corrections au physique (tête plus petite, sourcils, sourire) et à l'habillement, à commencer par l'attribut maternel par excellence : "elle aurait un tablier", et aussi les marques traditionnelles de la féminité : fanfreluches, bijoux et rouge à lèvres. Un garçon et une fille proposent d'ajouter un enfant avec elle. "Pour que ce soit une grand-mère, je lui mettrais un collier et faisant la vaisselle", dit José. Pour transformer le jeune ours en papa ours un enfant suggère : "je le ferais plus grand, un journal à la main et portant une cravate et des lunettes". Que font les autres membres de la famille pendant ce temps ? A une écrasante majorité, "pendant que papa pense", la mère est en train de cuisiner. Mais d'autres tâches de la panoplie ménagère sont évoquées : elle fait le marché, la vaisselle, les lits, ravaude, repasse, range, fait le linge. Ou bien elle est "occupée avec les enfants". Batiste précise même : "elle serait en train de faire plusieurs choses, comme mettre la table". Exceptionnellement une mère dort, une mère, institutrice corrige ses copies, une mère discute avec les grands-parents et une mère prend son bain. La sacralisation de la légitime fatigue du père et de sa nécessaire détente dans le grand fauteuil s'expriment dans cette réflexion d'un garçon italien : "Les autres font silence pour le laisser se reposer". |