la famille

La production de 1994 montre 234 familles. La famille est ainsi le cadre privilégié des histoires que les albums racontent et le seul contexte où l'élément féminin est prédominant : 56,4% des parents sont des mères. La majorité de ces familles sont biparentales. Les familles à enfant unique sont les plus fréquentes et lorsqu'il y a plusieurs enfants, l'aîné est de préférence un garçon. En revanche, on ne sait que dans un cas sur deux comment s'exercent les rôles parentaux. Chez les humains, la famille fonctionne de façon plutôt moderne ("le père aide"), tandis que chez les animaux habillés la famille, généralement plus nombreuse, a une structure traditionnelle : père au travail ou au repos, mère ménagère.

Les pères
Si les hommes ont une présence envahissante dans les albums, 28,5% seulement endossent la fonction paternelle, soit 156 pères. Mais bien que moins nombreux, ils accaparent le rôle de personnage principal : c'est le cas de 83,3% des pères. En effet la rare fonction de père est particulièrement valorisée : ils sont plus souvent définis "intelligents" et représentés avec des lunettes et il sont mis en scène dans des rapports plus riches avec leurs enfants.

On trouve encore trop souvent le père traditionnel qui lit le journal ou regarde la télé dans son fauteuil-trône et ses charentaises, qui bricole ou qui jardine. Il n'en reste pas moins que le père le plus répandu dans les albums est une absence, même si l'on se doute qu'il existe, puisqu'on voit une maison souvent confortable et bien équipée dans laquelle vivent une femme et des enfants bien nourris et bien habillés.

Les mères
Dans le contexte du manque flagrant de personnages féminins, une femme sur deux est "affectée" aux fonctions maternelles et ménagères, de surcroît dévaluées puisque les 202 mères des albums n'accèdent au rôle de personnage principal que dans 16,7% des cas. Humaines ou animales, urbaines ou paysannes, les mères des albums sont des personnages secondaires. Disponibles et attentives, elles sont à la maison, occupées au soin des enfants et au ménage ; elles portent souvent un tablier et font le service à table. Et si elles sont dans la rue, c'est qu'elles conduisent les enfants à l'école ou en promenade ou reviennent du marché avec un cabas. Les mères des albums ne sortent pas seules, leurs relations, rarement personnelles, se limitent aux liens de famille et aux échanges imposés par la vie sociale des enfants : la ou les grand-mères, quelque sœur ou belle-sœur définie "tante" ou une voisine qui, elle aussi, a des enfants. On signale l'activité professionnelle de 5% des mères. Les rôles sociaux ou politiques leur sont interdits.

Les filles et les garçons
Les nouveautés de 1994 permettent d'étudier une population de 725 enfants humains ou humanisés parmi lesquels 60% sont des garçons et 40% des filles (ce pourcentage atteint les proportions de 70/30 chez les animaux habillés!). Moins nombreuses, les petites filles sont moins souvent héroïnes ( les garçons sont personnages principaux dans 60% des cas). Mais les albums ont intégré une réalité que les enseignants et les enfants eux-mêmes connaissent bien : des filles vives, intelligentes, imaginatives, bonnes élèves... Ils leur reconnaissent souvent le sens de l'humour, les décrivent comme courageuses et autonomes. On les voit désobéir et s'opposer aux adultes, se mettre en colère. Apparaît même un contre-stéréotype : des filles plus entreprenantes que les garçons. Pourtant les stéréotypes sont résistants, les défauts et les qualités qu'on attribue de tout temps aux filles et aux femmes sont encore là : on les montre coquettes, frivoles, passives, gourmandes, rapporteuses et, bien plus souvent que les garçons, faisant le ménage, la cuisine, maternant, et préoccupées de flirts et de rencontres amoureuses. Elles sont habillées dans un style "féminin" (78 %) ou "ultra-féminin" -nœuds, fanfreluches- (4%). 18% seulement sont habillées "unisex". Quant aux garçons, ils se bagarrent, embêtent les filles et sont souvent violents, effrontés, insolents, moqueurs et farceurs. Mais on trouve aussi un contre-stéréotype : des garçons plus gentils, plus sensibles et plus serviables que les filles. La disparité entre filles et garçons en ce qui concerne les objets, jeux et jouets qui les caractérisent est notable : 37 garçons contre 4 filles ont des équipements pour les jeux de plein air et le sport, 46 garçons contre 26 filles ont des jeux d'intérieur du type intellectuel. D'une façon générale les garçons possèdent plus de jeux et de jouets. 15 garçons jouent d'un instrument musical contre 5 filles (dans 3 cas le piano). Les albums décrivent davantage de relations parent/fils que parent/fille. Dès son plus jeune âge le garçon reçoit davantage de soins que la fille, aussi bien de la part du père que de la mère (nourrir, habiller, laver, coucher...). Le fils est plus récompensé et encouragé par ses parents que la fille, envers laquelle on a plus d'exigences : on lui donne plus d'ordres, on lui pose plus fréquemment des interdits, on la punit plus souvent.

les 308 relations parents-enfants
  Relations de la mère avec le fils 35%  
  Relations du père avec le fils 25%  
  Relations de la mère avec la fille 22%  
  Relations du père avec la fille 18%