| chaumières et châteaux Chaumières... La description de la famille la plus traditionnelle est souvent confiée, dans les albums, aux "animaux habillés". En effet, ils permettent aux auteurs de s'adonner à cur joie à des symboles sexistes comme le tablier, le cabas, le balai, la soupe, le journal, le grand fauteuil de papa et de faire passer des modèles de comportement et de relations qui, malgré le sexisme généralisé des albums, apparaîtraient choquants chez des hommes et des femmes d'aujourd'hui... Dans de petites chaumières les animaux habillés mènent, à la campagne, une vie de petits rentiers. Rivalités de voisins, espionnages, méfiance envers les étrangers (discours rendu légitime par la réalité de la lutte entre espèces différentes) et mauvais coups de toutes sortes apparaissent acceptables chez les lapins ou les blaireaux, animaux sympathiques et présumés innocents. La loi de la forêt où vit le petit peuple des animaux qui s'habillent en humains est... la loi de la jungle! Les animaux habillés ne travaillent pas, ignorent la technologie et l'actualité malgré le journal que le père brandit à tout moment et qui est plutôt le symbole de son désuvrement que celui de son intérêt pour les affaires du monde. Dans les maisons étriquées et bien tenues des animaux habillés abondent les pères autoritaires, les mères aux fourneaux (à l'ancienne : cuisinières à charbon, seaux métalliques, balais de bruyère...). Et abondent les petites filles idiotes et les garçons virils, les grand-mères séniles qui racontent des histoires à la morale réactionnaire. Les animaux habillés sont porteurs d'un message d'égoïsme, de sexisme, de racisme : c'est eux qui montrent aux enfants les rôles sexuels les plus rigides, qui leur apprennent à se méfier des différences. et châteaux Les habitants des châteaux sont l'équivalent bourgeois des animaux habillés. Le conte moyenâgeux véhicule la même nostalgie de la famille patriarcale que les petits bourgeois retraités de la forêt. Rois tyranniques, reines passives ou inconsolables, belles princesses mises à l'encan ou offertes comme prix au héros... Souvent parodique, le conte moyenâgeux fait semblant de trouver ces murs absurdes ou du moins démodées. Mais la légère ironie n'est pas critique : comme dans les chaumières, dans les châteaux, les pères sont des rois et les reines, si elles ne font pas toujours le ménage, n'ont aucun pouvoir. |